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 LEO ERZAN - Douglas Booth

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MessageSujet: LEO ERZAN - Douglas Booth   Ven 30 Déc - 20:24



Léo Erzan
Je crache dans la bouche de la foule.



LEO


ERZAN

feat. Douglas Booth
Nom de famille et prénom; Léo Anja Erzan. Erzan, la version tchèque de mon vrai nom libanais Herzan. Herzan, qui veut dire, ce qui en vaut la peine. Peut-être que j'y étais destiné. A me battre jusqu'à épuisement, parce que tout en moi et qui ressemble aux autres vaut la peine. C'est à l'immigration qu'ils l'ont transformé. Comme si tous cherchaient à effacer la moindre trace de mon passé, tout ce qui pouvait me rattacher à mes origines. Mon père. Léo, comme le lion. C'est mon père qui l'a choisit. Je ne sais pas si je suis devenu à l'image de ce prénom, ou si ce prénom était fait à mon image. Le fait est que j'en ai le caractère. Leader, insoumis, indépendant et féroce. Et puis Anja. Qui se prononce Ania. Un prénom féminin, et je n'en ai que faire. C'est celui de la mère de ma mère, je ne la connais pas. Alors ce second prénom, je ne le prononce pas. Âge; 26 ans. Pour certains encore trop jeune. Pour d'autres, déjà trop vieux. L'âge bâtard comme j'aime à le nommer. Il s'accompagne de quelques fatalités acerbes : quel chemin prendre, pour quelle destinée. Je stagne à cet âge comme si je refusais de choisir. Et peut-être que si je m'oblige assez fort, le temps va se ralentir, et j'aurais 26 ans pour toujours. Date et lieu de naissance; 1 novembre 1990, à Beyrouth. C'est étrange. Je suis né le jour de la fête des morts chrétienne dans une ville ravagée par la guerre civile. Peut-être que j'étais fait pour la résistance. Même quand tout me dit que c'est terminé, je n'y vois que des commencements nouveaux. J'étais fait pour lutter contre la mort elle-même parce que je suis un affranchis. Et que moi, de ce monde, j'en suis le roi insoumis. Nationalité et origine(s); Libanais par mon père, slovène par ma mère. Une rencontre étrange, je me demande même comment elle s'est accomplie. Mes parents ne m'ont jamais parlé du temps de leurs amours. J'ai grandis au Liban, jusqu'à mes six ans. Et puis ma mère et moi sommes partis nous installer à Prague. Je crois que ma mère déteste la Slovénie, alors elle a choisit le pays qui s'en rapprochait le plus. Pendant ma pré-adolescence, je retournais souvent au Liban pour voir mon père, et puis ma famille. A mes seize ans, il est décédé. J'ai coupé net la relation avec cette patrie. Je suis resté à Prague, deux ans encore, le temps de terminer le secondaire. Et je me suis mis à marcher en Europe. Avant de m'installer à Paris.    Les amours; Je me fiche des filles, de ce qu'elles ressentent, de ce qu'elles disent, de ce qu'elles racontent. Quand elles parlent, je ne les écoute pas. Mes yeux louchent déjà sur leurs décoltés et se demandent de quelle manière vais-je les déshabiller. L'amour ne compte pas, je n'y crois pas, je ne le connais pas. Aucune âme n'a su me transcender et à part quelques vas et viens de taulards mal ajustés, je ne m'encombre d'aucun sentiments. Je les trouve belles, toujours pour un temps. Une heure, une nuit, peut-être même une matinée si c'était vraiment le pied et que j'ai envie de recommencer. Mais jamais rien de suivi. Je déteste l'idée d'être enchainé, quand elles s'attachent, je déguerpis. J'aime baiser, et j'crois que pour se faire, il n'y a pas besoin d'aimer. L'amour, c'est un truc inventé par les romanciers pour faire croire qu'on pouvait un jour être deux. On ne peut pas être deux, on est toujours seul. Je m'appelle Léo, comme le lion. Et le lion n'a jamais qu'une seule femelle. La famille; Biologiquement, je suis fils unique. C'est à dire que je suis le seul rejeton de mon père, Ocram, et de ma mère Rayna. Ocram est libanais de naissance, il y a vécu toute sa vie. Il était professeur de lettre à l'Université Saint Joseph de Beyrouth et militant politique. Le genre de mec trop investit dans les affaires du monde à lutter nuit et jour pour les droits de l'homme. Il est décédé quand j'avais seize ans, on n'a jamais su avec précision qu'elle en était la cause. Je préfère me dire qu'il était juste fatigué, et qu'il avait besoin d'une éternité pour se reposer. Ma mère est slovène. Elle ne parle jamais de sa famille, et je crois qu'elle déteste son père et ses frères. Elle est partie vivre à Beyrouth avec mon père à ses dix sept ans. Ils se sont mariés jeunes. Et puis quand j'avais six ans, elle a fuit le Liban et s'est installée à Prague, avec moi. Elle s'est remariée deux ans plus tard avec Vikram, un tchèque, cadre d'entreprise, morne, sans intérêt. Je le déteste ce mec, et il me le rend bien. Ils ont eu deux enfants, un garçons et une fille, que je refuse de considérer comme des frères et sœurs. En fait, depuis que mon père est mort, je n'ai plus de famille. Et je n'ai aucune envie de faire partie de celle de ma mère. Les amis; Mes amis sont mes camarades. Ceux qui luttent pour la liberté. Les anarchistes profonds, les insoumis, les révoltés. Je ne cherche pas à les accumuler, je préfère une meute résistante à un troupeau plein de Judas déguisés. Les emmerdes; La seule véritable emmerde que je rencontre est cette putain de colère froide à l'égard du monde tel qu'il est construit. L'injustice, les guerres, je n'ai jamais compris. Alors je me bats, contre eux, pour nous. Je me bats souvent, même physiquement, pour épuiser l'adrénaline et la frustration. J'aime bien avoir le nez qui saigne et les poings endoloris par les coups que j'ai orchestré. Je vis assez bien depuis que j'suis à Paris. Un appartement assez grand, transformé sur ses trois quarts en atelier. A l'extérieur, je suis le révolté. A l'intérieur, je suis l'artisan. Je travaille le bois. Et j'en vis même, puisque je confectionne des cercueils pour des familles richissimes qui ont les moyens de mettre beaucoup d'argent dans des pièces uniques et la mort de leurs parents. Leurs sourires et pleurnicheries m'emmerdent. Mais souvent, quand j'estime un cercueil que j'ai fait vraiment beau, je vais à l'enterrement. Pour le regarder s'enfoncer dans la terre, c'est comme une consécration. La personne qu'il y a dedans, je n'en ai rien à faire. Elle, elle est morte. Et mon cercueil lui, il prend vit dès lors qu'on l'enterre. Le paradoxe est jolie, il me fait bander. En somme, j'emmerde le monde tel qu'il est fait, l'hypocrisie, le mensonge, l'injustice. J'emmerde les codes et les chiens tenus en laisse. J'emmerde tout ce qui n'est pas libre, et tout ce qui ne se bat pas pour vivre. Et sinon, Paris c'est quoi pour toi ? Je serais fou de ne pas aimer Paris. La ville de la grande révolution française, la ville des barricades de Mai 68, la ville des artistes et des résistants. Paris, c'est la poésie. Paris, c'est le miasme et la jonquille. Paris, c'est le tréfonds et l'Eden à la fois. Cette ville n'a pas de demi-mesure, elle est toute noire, ou très lumineuse. Paris, c'est ma ville d'adoption, peut-être la seule que je chérie. Celle où je me sens chez moi. Paris, c'est la savane du lion roi.
D'ailleurs, pourquoi t'y vas ? C'est Marc, un mec d'une soixantaine d'années que j'ai rencontré pendant une manifestation à Paris, qui m'a convaincu d'y rester. Je n'avais pas d'attache, et j'y ai trouvé un chez moi. Il m'a présenté Hector, un gestionnaire de pompes funèbres. Je travaille pour lui, je fabrique des cercueils. Je gagne bien ma vie, je vis dans une espèce d'appartement-atelier au coeur du quartier latin. Artiste révolté, cette ville était faite pour moi. Voilà trois ans que j'y suis, et je ne m'en lasse pas. Groupe; Piéton


Ici les morts débarqués d'autres planètes viennent résider, ceux qui ailleurs n'avaient pas trouvé place. Ils viennent silencieux, loin des exigeants, des éternels exigeants, se tapir pour remourir encore, pour remourir doucement.

Cacophonie et brouillard. Bruits de balles. Impacts d'obus. Bris de verres. Hurlements. L'enfer d'un territoire livré à son propre feu. La guerre civile. Le carnage. Les épitaphes se dressent comme des murailles de plombs pour rappeler à l'histoire ses revers abscons. A bord de la voiture de fortune qui s'échappe dans un cri de poussière, la femme perds ses poumons à implorer, ses eaux à s'y noyer. Le ciel, le diable, la terre, qu'importe. On croit en tous les dieux quand on est esclave du temps qui meurt. Ses jambes écartées sur la banquète arrière, elle lâche de longs soupirs, comme une agonie lente, une extase affreuse, et c'est terrible quand on remarque à son ventre gravide qu'elle s'apprête à donner la vie. Le Liban, pays d'orient, du cèdre et de toutes les confessions. Ravagé par ses fantômes, depuis vingt longues années belliqueuses. Auteur et esclave de sa tragédie. Ses rivières ont pris la couleur pourpre du sang et ces autres qui l'habitent luttent avec résignation. Au-delà des montagnes, le silence. D'une société internationale sourde aux pleurs des victimes. Les cadavres d'enfants font des tapis de chaire, il n'y a plus de terre, que des cratères et les tombes déjà creusées par les pluies poudrières. La femme s'asphyxie, sordide cantique, où son esprit sort de lui-même pour se convaincre de résister. C'est le mari qui conduit, effrayé, tétanisé. Accentuant les virages et les coups de volants pour éviter d'être la cible. Il n'y a pas de cible prédéfinie quand une ville devient Gomorrhe. Ils auraient pu être morts eux aussi. Le mari, la femme, et l'enfant à naître. Mais leur course téméraire s'achève dans un hôpital de Beyrouth. Quelques minutes à peine et le garçon voit le jour. Le jour noir, le jour rouge. A côté de patients amputés, d'autres défigurés. Il voit la lumière et son cri détonne avec les bruits environnants. Ses pleurs ressemblent à des rires et sa mère se met à sourire. Elle se souvient. Que la force de vie est plus forte encore quand elle se fait au milieu des cadavres. Elle se souvient qu'elle a eu cet enfant dans son ventre. Qu'elle l'aimera plus qu'elle ne s'aime elle-même, puisque sa chaire est la sienne. L'infirmière demande au père qu'elle sera son prénom. Les yeux d'Ocram, le père, tombent sur cette peinture vétuste d'un lion roi. Pour rappeler aux murs de bétons fissurés la condition de ceux qui le pénètrent. Et reposant le regard sur son fils, il soupire : "Léo. Il s'appelle Léo".


Présence, connivence, réponses ectoplasmiques. Vie dessinée en plaines, en forme d'arbre, en démons. Sous la situation qui congestionne.

Ocram vit dans l'ombre de sa propre vie. Les épines de cèdres deviennent douces sous ses doigts. Elles le caressent, lui rappellent l'alpha de ses luttes. La beauté, les autres, l'humanité elle-même. Ne pas fléchir, ne pas se résigner. Ocram est un révolté, professeur de lettres à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, il accompagne sa vie rangée de batailles forcenées. Contre l'injustice, l'immoralité. La pauvreté, la torture. Et puis pour l'égalité, entre les femmes et les hommes, entre les hommes. Les droits de l'homme, il y croit. Il y consacre plus de temps qu'il n'en consacre à sa propre famille. Ocram fait partie de ces groupes secrets d'oppositions qui, dans des pays gangrénés par les guerres fratricides et le spectre de la dictarure, viennent scander ô combien la liberté est belle. La guerre est terminée depuis six ans. Six ans, et Léo court dans les ruelles de Beyrouth accompagné de ses camarades. Jouer à chat, ne pas être attrapé. Innocent dans leurs yeux, pas pour les plus vieux assis en bordure de maison et qui portent sur leurs visages les stigmates de la vraie course. Eux qu'ont connu la guerre de prés peinent à retrouver le sourire même face à la joie de ces enfants rêveurs pour qui fuir n'est qu'un jeu. Qui ne savent pas. Ne comprennent pas, et c'est tant mieux comme ça. Léo vient d'être touché par Charbel, c'est à lui de courir et d'attraper. Ses pas sont freinés par la vision au loin de son père et de sa mère. Il voudrait croire qu'ils sont entrain de s'aimer. Il voudrait croire qu'ils vont se voler un baiser impudique. Mais c'est une giffle qui claque sur la joue de son père et une mère en larme qui accourt vers lui. Elle attrape le garçon par le bras, serrant fort, trop fort, si bien qu'il gémit. Marche d'un pas vif dans la rue qui s'assombrit, ignorant les cris d'un père qui tente de les retenir. Marche plus vite encore, les jambes de Léo ne suivent pas, ses genoux heurtent la terre, les cailloux. Il leur a fallut trois heures. Pour quitter la banlieue, gagner l'aéroport. Prendre l'avion et s'échapper à deux. Rayna avait dit : "Tu choisis : la lutte politique ou ta famille". Ocram avait répondu : "Je ne peux pas faire semblant de vivre dans un monde injuste. Il faut gagner la liberté, pour toi, pour Léo, pour tous les autres. Tu ne peux pas me demander de choisir entre vous et l'humanité". Il a choisit de sauver le monde. Elle a choisit de sauver son cœur. De taire à tous jamais les pleurs qui la gagnaient quand elle se retrouvait seule à se demander où son mari avait bien pu passer. Et qu'il rentrait recouvert de bleus, nouvelle scène de torture. Et qu'il repartait en lutte, sans jamais s'épuiser. Rayna avait vécu dans la peur de perdre son fils. Puis celle, constante, de ne jamais plus voir son mari rentrer. Alors elle avait décidé : c'est moi qui le quitte avant de le voir me quitter à tout jamais.


La langue froide du couteau à découper erre seule entre les lèvres de l'homme seul. Des abeilles butinent des fleurs de fer. Des oiseaux volent entre des arbres de fer. Des chiens mordent. Des meutes de chiens, des vagues incessantes de chiens. En plein jour, j'attends le lever du soleil.

Je m'appelle Léo Anja Erzen. J'ai seize ans. Je vis depuis dix ans à Prague. Et aujourd'hui, papa est mort.
Je voudrais déchirer au couteau la peau de mes joues, qu'elle se mette à pleurer pour de vrai. Détester plus fort encore cette mère qui m'a arraché à mon père. Le Liban, il parait que c'est de là que je viens. Je ne connais rien à ce pays, j'ai des bribes de souvenirs épars, mais aucun ne semble réel. Comme si j'avais tout inventé. Comme si ça n'avait jamais existé. Mon père, je le connais comme un autre. L'autre dont on me parle quand on me dit que je lui ressemble. Que j'ai son odeur, ses yeux, et sa posture. Que je devrais être fier de ce qu'il a accompli. Mon père était un révolté, un Che Guevara des temps modernes, il voulait liberté. Quelque soit le prix. Alors, je n'ai jamais compris pourquoi ma mère est partie. Prague sent le béton, elle n'est même pas belle à regarder. J'ai trainé dans les rues pour fuir la maison. Elle s'est remarié avec ce mec, Vikram, et lui a fait deux beaux enfants, une fille et un garçon. Elle voudrait qu'ils soient mes frères, mais ils ne le sont pas. Ils n'ont pas le sang de mon père, celui de ma mère, je l'ai vidé de mes poignets depuis longtemps déjà. Papa est mort, je n'en reviens pas. Je vais devoir assister à l'enterrement, serrer les dents, puis attendre patiemment que même la fin soit terminée. Ma mère n'arrête pas de me prendre dans ses bras, je voudrais juste l'étrangler. Comme quand dans son dos, je vois Vikram poser sur moi des yeux désolés. Qu'est-ce qu'il veut avec sa gueule de merde ? Je ne l'aime pas, je ne l'ai jamais aimé. Il doit se réjouir de prendre pour de bon la place qu'il a toujours escompté. Pour ma mère, c'est une bonne nouvelle, j'en suis sûre. Enfin peut-elle être détachée de sa culpabilité, ne plus avoir à se faire pardonner. Je veux qu'elle me demande pardon. Pardon Léo de t'avoir arraché à ton père, pardon Léo de ne pas t'avoir raconté. Mon père, je ne sais pas qui c'est. Tout le monde semble le connaître mieux que moi, ça me rend fou de rage. Je l'invente dans ma tête, l'imagine super héros. Le seul truc qu'elle m'a laissé, c'est mon imagination. Putain d'imagination, frustration décadente. Ils écrivent des articles élogieux sur ses combats, et moi ... Moi je ne sais pas. Ce qu'il aimait, ce qu'il n'aimait pas. Tu vois maman, grâce à toi, je ne peux le connaitre qu'à travers les yeux des autres. Et c'est dans un claquement de porte que je disparais. Elle ne viendra pas me rattraper, je le sais. Ma mère est une putain d'opportuniste de l'émotion, elle se cache, se déguise, fait toujours comme si de rien n'était. Alors voir déguerpir le dernier avatar de sa vie passée, c'est la meilleure chose qui aurait pu lui arriver. Seize ans, encore deux pour le bac, et puis j'pourrais partir à tout jamais de cette ville qui sent la mort. Je me suis lassé de ses putes et ses dealers de drogues, même les combats clandestins ne me font plus frémir. J'ai vécu seul depuis ce jour. Studio miteux en banlieue, à bosser pour Marcel afin de pouvoir le payer. Marcel, c'est le luthier du centre. Un des derniers en activité. Il passe ses journées à réparer des instruments à cordes. Moi, je suis devenu son assistant. Et je suis tombé amoureux. Du bois, de ses formes. J'ai passé des heures à caresser les violons en les trouvant beaux. Et puis, je me suis mis à travailler ceux qu'il voulait jeter : "Qu'est ce que tu vas en faire Léo, ils ne sortent plus le moindre son harmonieux". Le son, je m'en fiche, ce n'est pas la musique qui m'intéresse. J'embarquais les débris de bois chez moi et passait la nuit à les travailler. Et j'y ai pris goût. Je me suis mis à détester le métal et tous ces matériaux froids et sans vie. Le bois, lui, avait quelque chose à raconter. Quand j'allais me promener, j'avais toujours un carnet dans ma poche. Et quand je croisais un arbre plutôt joli, je le dessinais. M'imaginais quoi sculpter de son bois, et c'est comme ça que je me suis éveillé. Solitaire, ne portant aucun intérêt aux autres et à ce qui fait la vie de tout adolescent normalisé. J'aimais travailler le bois. J'ai arrêté de réparer et me suis mis à confectionner. Mon studio, dans les derniers mois, ressemblait plus à un atelier qu'à une garçonnière. Des statuettes, des objets abstraits, et des instruments de musique. Je me suis mis à adorer ce que je faisais. A en être frustré aussi. Parce qu'il n'y avait pas de sens. Je taillais du bois. Très bien. Et ? Ce n'est que quand mon bac fut acquis et que je suis parti sillonner l'Europe que j'ai trouvé la réponse à cette question. Il fallait faire de l'art, je voulais être un artiste. Un artiste engagé. Un révolté, comme mon père. Il fallait construire pour détruire leurs illusions, détruire l'injustice, détruire la méchanceté. Il fallait construire pour dire ô combien la liberté est belle. Et moi, j'y croyais.


L'énervement général ici émet des billes. Elles s'écoulent dans les rues, s'accumulent - dans les impasses. Dans leurs immeubles élevés sur les degrés des escaliers dégringolent avec un bruit monotone. Le soir, il s'élève une grande poussière.

Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Mais pour la première fois de ma vie, je ne courrais plus pour fuir, mais pour attraper. J'étais le chat. Chaque fois qu'une lutte, une protestation, une manifestation, se dessinait en Europe, j'en étais. Avec les anarchistes, avec les communistes, avec les casseurs. Tout ceux qui voulaient brouiller les pistes du monde tel qu'il était façonné. Tout ceux qui voulaient résister. Et je me répétais : le monde ne sera sauvé que par les insoumis. J'étais devenu un insoumis. De Varsovie à Madrid, en passant par Athène et l'Ukraine. J'hurlais avec ceux qui hurlaient, jetaient des pierres aux forces de l'ordre, finissaient souvent en garde à vue, et je recommençais. J'y trouvais plus d'excitation et de sens que je n'en avais jamais eu. Je continuais à travailler le bois, une fois, j'ai même fait de faux fusils de guerre et nous sommes partis manifester en les pointants sur les policiers. Bandana autour de la bouche, et ces tee-shirts qu'affichaient fierement leur A entouré. J'étais un putain d'anarchiste, et je n'en avais jamais assez. C'est à Paris que ce sens incensé est venu se condenser. J'ai rencontré Marc. Un mec d'une soixantaine d'année. Il marchait à l'ombre quand nous, les jeunes, hurlions à plein poumon en jetant des coktails artisanaux sur les CRS. Et il m'a ému. Par son sourire, et sa posture. Je crois que si mon père existait encore, il lui aurait ressemblait. J'aurais voulu qu'il lui ressemble. Je suis allé lui parler. Une fois dans le bruit. Et puis les suivantes dans les silences des cafés de Montmartre. J'étais fasciné, m'efforçant d'imposer une certaine retenue pour ne pas paraitre trop apprivoisé. Et lui se riait de mes attitudes de lion, il disait même que mon prénom ne l'étonnait pas. Que j'avais ça dans le sang, la lutte, le combat. Je lui racontais ce qu'on m'avait dit de mon père, et il s'en montra touché. Je crois que lui aussi à voulu faire de moi une sorte de fils adoptif. Son successeur de révolution. Quand il me parlait de Mai 68 je ne pouvais m'empêcher de vouloir être dedans. Alors, c'était ça, le sens à donner. Se battre jusqu'à mourir épuisé. Il me trouvait naïf, et je m'énervais de ses propos. Une fois j'ai même jeter contre un mur ma tasse de thé, je détestais qu'il me paternalise à ce point, qu'il m'infantilise à ce point. Et à la fois, je me sentais compris. J'en redemandais. Et lui me demandait où je comptais partir maintenant que les choses s'étaient calmées à Paris. J'haussais les épaules, et répondait de toute mon insolence, "La où la liberté a besoin d'être défendue". "Tu es jeune", me disait-il, se rattrapant à mes sourcils froncés, "Tu ne pourras pas lutter si tu n'es pas concentré. T'éparpiller ne fera que t'affaiblir. Tu te souviens de leur démarche ? Diviser, pour mieux régner. Tu ne dois pas te diviser. Reste ici, je t'aiderais à trouver un appartement, un travail, et je te ferais rencontré des camarades". Je ne voulais pas le montrer, mais je crois qu'il m'avait convaincu. Alors, je me suis rassis sur mon siège et l'ai regardé droit dans les yeux. Sans rien dire. Tandis que lui comprenait que le lion, sans le confesser, venait de lui accorder un droit de conseil : "Dans quoi est-ce que tu travail ?", "le bois", répondis-je. "Le bois ? Tu veux dire, ébénisterie ?", "Un truc du genre. J'aime bien travailler le bois, concevoir des objets, construire, et passer des heures à raffiner". Il parut presque surpris de ce que je venais de dire, comme si cette image d'artiste en devenir ne collait pas avec celle de voyou rebelle que je laissais voir. "Je connais quelqu'un. Un ami. Il confectionne des cercueils, c'est bien payé, et il y aura toujours matière à travailler". Je restais un instant pantois, travailler le bois que je considérais comme symbole de vie pour construire des cercueils était ... étrange. Excitant. Et je finis par acquiescer. Il se penchait vers moi, et repris : "Un appartement, un travail, un groupe organisé. Tu as besoin d'autre chose ?". Je levais les yeux vers lui, et après un court temps de silence, répondais : "Apprends moi à être un révolté".




Prenom/Pseudo HJ; Gupy Âge; 26 ans Localisation; Saint-Gaudens   Fréquence de connexion; Tous les jours Type de personnage; inventé Où as tu trouvé le forum ? Sur google Une cass-dédi ? Il a l'air trop cool ce forum et le header est beau beau beau !  

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MessageSujet: Re: LEO ERZAN - Douglas Booth   Ven 30 Déc - 20:56

douglas je l'aime trop J'AIME !

_________________

Jeunesse perdue
alors on s'serre les coudes ⊹ Un jour j'ai rencontré Héra et depuis je vous emmerde ; Je suis rentré dans vos routines, parti en courant d'air. Maintenant je vais boire tout le voyage jusqu'au bout de la nuit, effacer les mirages, apprécier le goût de la vie.
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MessageSujet: Re: LEO ERZAN - Douglas Booth   Ven 30 Déc - 21:32

BB LOVE LOVE
JOTEM T SWAGGÉ COMME CA ROBERT
Jte SEX obviously et tu sais ce que j'en pense HIHI

_________________
she's pure, dirty and raw
fée du désastre ☽ Et, dans les pires heures de désespoir, il y avait ce ciel, gris, lumineux ou nocturne, et ce lien créé par la force d’un seul regard, au-delà du monde des humains.
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La Connasse
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MessageSujet: Re: LEO ERZAN - Douglas Booth   Ven 30 Déc - 23:10

Bienvenue parmi nous HAWW
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MessageSujet: Re: LEO ERZAN - Douglas Booth   Sam 31 Déc - 0:14



Validé(e) !
Bienvenue à Paris !

Pouua j'adore ton style, j'adore ta plume. Hâte de rencontrer Leo dans une prochaine manif
Félicitations ! Tu viens de te faire valider et dès à présent, tu vas pouvoir te lancer dans le grand bain et devenir un vrai parisien ! Pour devenir un parfait newbie, pense à remplir ton profil et surtout à t'inscrire dans nos divers listings, ça t'aidera à trouver des liens !
Une fois tout ceci fait, tu n'auras plus qu'à trouver une vie sociale à ton personnage grâce à la fiche de liens et les divers réseaux sociaux ! Pour finir, on te conseille quand même d'aller jeter un petit coup d'oeil à la banque des points.

Et maintenant ? Amuse-toi et rejoins nous sur la Chatbox si le coeur t'en dit ! LOVE

_________________
Quand tu dira que c'est ma faute,
que je n'ai jamais su t'aimer.
Au diable toi et tes apôtres
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